Partir travailler en Chine

Je suis en Chine depuis 4 mois maintenant, à Pékin, où j’ai commencé mon nouveau travail. Voilà quelques temps que j’ai en tête de partager mon expérience sur la recherche d’emploi en Chine, qui peut se révéler difficile. Parmi toutes les possibilités pour partir hors des frontières françaises, travailler à l’étranger est pour moi la solution la plus intéressante. J’ai suffisamment de temps pour m’imprégner de la culture et de la vie locale tout en gagnant ma vie. J’aimerais revenir sur la situation actuelle, et telle que je la connais, du marché de l’emploi en Chine pour les jeunes diplômés étrangers. Alors si vous aussi vous êtes prêt à troquer la fourchette pour les baguettes, à découvrir une culture millénaire et un mode de vie différent du nôtre tout en travaillant, lisez ce qui suit.

Par où commencer ?

Un des avantages de vivre en Europe, c’est que vous n’avez pas besoin de visa pour partir travailler dans un autre pays Européen. Vous pouvez très bien décider un dimanche, la tête dans votre bol de chocolat au lait et une tartine à moitié beurrée à la main, de faire votre valise et d’aller tenter votre chance en Italie, en Angleterre ou en Allemagne. Vous avez juste besoin de votre carte d’identité française ou de votre passeport, trouver une auberge sur place et chercher du travail. C’est évidemment plus difficile qu’un claquement de doigts, mais c’est faisable si vous avez l’esprit aventurier. Par contre, si vous souhaitez mettre les voiles et partir hors d’Europe, les choses se compliquent, notamment si vous avez dans l’objectif la Chine. Immigrer professionnellement hors d’Europe n’est pas chose aisée, pour des tas de raisons différentes : la recherche de travail se fait la plupart du temps depuis la France, un visa de travail est obligatoire, il y a la barrière de la langue (en l’occurrence, autre que l’anglais) et pour un jeune diplômé, le manque d’expérience et de contacts peut rendre l’exercice délicat. Pour beaucoup, décrocher un contrat de type VIE (Volontariat International en Entreprise) est le sésame pour partir hors d’Europe dans des conditions idéales.

Le Volontariat International en Entreprise

Si vous avez moins de 28 ans, vous pouvez prétendre à un contrat VIE, qui vous permettra de partir travailler dans une entreprise française implantée à l’étranger pour une durée de 6 mois à 2 ans. Le contrat VIE est une formule très intéressante. A la fois pour les entreprises pour qui le coût est bien moindre qu’un contrat expatrié et qui reçoit en plus des aides de l’Etat pour financer ce type de contrat, mais aussi pour l’heureux candidat qui peut partir dans des conditions très avantageuses : salaire convenable, vacances et sécurité sociale française, cotisation à la retraire française, billet d’avion aller/retour etc… Par contre attention, la concurrence est rude et un anglais courant est la norme, tandis qu’une troisième langue est un gros plus. Pour en savoir davantage, rien de mieux que de jeter un œil sur le site officiel qui recense également une grande partie des offres: https://www.civiweb.com. Si vous êtes intéressé, il peut être judicieux également de participer aux salons VIE à Paris, qui vous permettront de rencontrer directement les recruteurs, de distribuer votre CV et de poser vos questions. Là aussi, arrivez tôt, ayez en tête les entreprises que vous souhaitez rencontrer avec votre CV (en anglais évidemment) à portée de main car il y a beaucoup (beaucoup !) de candidats.

En ce qui me concerne, je suis allé au salon VIE, mais peu d’offres intéressantes pour la Chine étaient à pourvoir en informatique. Il y avait un certain nombre de postes ouverts dans les grandes banques françaises implantées à Hong Kong, mais les missions se résumaient malheureusement à faire du support informatique niveau 1 ou 2 (en gros, vous trouvez un bug quelque part et vous faites remonter l’information au niveau supérieur…). J’ai aussi eu quelques entretiens téléphoniques pour des VIE en Chine mais l’échange s’est toujours terminé sur « et un contrat local ça vous tente ? ». La Chine est un pays un peu particulier pour les VIE, car un contrat local revient encore moins cher à l’entreprise. Du coup, un certain nombre de boites préfère embaucher en contrat local plutôt qu’en VIE. A garder à l’esprit également, le VIE est limité à une durée de 2 ans maximum, et le salaire est versé en euros (donc sujet aux fluctuations des devises pour votre vie locale).

Le contrat local

Je n’ai pas trouvé de VIE qui correspondait à ce que je souhaitais faire mais ce n’est évidemment pas l’unique solution pour partir travailler en Chine. Au contraire, le champ d’action est très vaste si vous décidez de chercher un contrat local par vous même. En effet, vous n’êtes plus contraint de chercher un poste dans des entreprises françaises uniquement comme c’est le cas pour un VIE. La Chine recrute de nombreux professeurs de langues, anglais, français et autres. Les offres en science et surtout en informatique sont aussi nombreuses. Si vous avez une idée de l’entreprise pour laquelle vous aimeriez travailler, consultez le site officiel dans la rubrique carrière ou envoyez une candidature spontanée. De nombreux recruteurs travaillent également sur LinkedIn. Prenez le temps de peaufiner votre profil et postulez. C’est sur LinkedIn que j’ai trouvé mon travail, il s’en est suivi de nombreux entretiens mais ceci est une autre histoire. Ne négligez pas les réseaux sociaux professionnels, vous pouvez trouver contacts et offres d’emploi. Vous pouvez aussi contacter la chambre de commerce en Chine, qui peut avoir des opportunités: http://www.ccifc.org. Les conditions du contrat local sont évidemment à négocier, mais en jeune diplômé, n’espérez pas un package aussi bon que celui d’un VIE. La norme est 10 à 15 jours de vacances par an plus les vacances publiques (en gros une semaine en octobre et une semaine en février pour le nouvel an chinois), une assurance locale de l’entreprise, pas de cotisation retraite française (vous pouvez choisir de cotiser à la retraite chinoise, mais il est difficile de dire s’il est possible de la transférer en France ensuite).

Le visa Z (visa de travail)

Que ce soit pour un VIE ou pour un contrat local, vous aurez besoin d’un visa de travail pour pouvoir exercer votre profession légalement sur le sol chinois. La législation chinoise impose à tout candidat un bac+4 minimum et 2 ans d’expérience professionnelle post diplôme. Sur les forums consacrés aux VIE ou à la Chine, on ne compte plus les questions relatives à ces critères d’éligibilité. Oui, ces critères sont obligatoires pour l’obtention d’un visa de travail, et oui, il est nécessaire d’avoir de solides justificatifs dans le dossier d’application (lettres officielles des anciens employeurs mentionnant la durée d’embauche, le poste et le salaire). Ceci dit, si vous avez des contacts et/ou de l’argent à dépenser, alors vous pouvez sans doute trouver certaines agences chinoises qui peuvent vous aider à « falsifier » ces documents ou à les arranger un peu pour tomber dans la catégorie souhaitée. Mais ça ne facilite pas les choses, loin de là et la majorité des offres de travail (VIE ou autres) mentionnent déjà en amont ces conditions.

Lorsque vous décrochez un job, l’entreprise vous aidera dans la majorité des cas pour les démarches concernant le visa. Pour ma part, j’ai mis quasiment 3 mois avant d’avoir le visa Z. C’est la durée écoulée entre le moment où j’ai commencé à faire les démarches administratives, jusqu’au jour où j’ai eu le visa collé sur le passeport. Entre autres, vous aurez besoin des lettres originales de vos anciens employeurs, de votre diplôme original, d’un examen médical relativement poussé (examen physique, test sanguin, radio pulmonaire, ECG), de votre passeport et de votre extrait de casier judiciaire (à faire légaliser par le ministère des affaires étrangères puis par l’ambassade de Chine, comptez 2 à 3 semaines rien que pour ça). Il vous faudra ensuite envoyer ces documents en Chine. A la réception, votre entreprise peut alors faire la demande d’un certificat d’emploi officiel auprès du gouvernement chinois et vous faire une lettre d’invitation officielle. D’après mon expérience, l’obtention de ces documents prend environ 2 à 3 semaines. Une fois émis, votre entreprise vous renverra tous ces documents, et vous pourrez à la réception, préparer votre demande de visa Z. Le visa Z est délivré en 7 jours normalement en France. Lorsque vous arriverez en Chine, il vous faudra échanger votre visa Z pour un permis de séjour. Le permis de séjour est valide un an et doit donc être renouvelé tous les ans.

En conclusion

En fin de compte, les démarches sont relativement lourdes, surtout si vous partez de rien, mais c’est très excitant de bâtir tout ça pas à pas : la recherche de travail, les entretiens, la préparation des documents et puis l’attente jusqu’à recevoir le précieux tampon qui vous permet de sauter dans l’avion pour de nouvelles aventures ! De mon côté, je commence ma nouvelle carrière à ThoughtWorks Beijing :-) N’hésitez pas à poster un commentaire si vous souhaitez des précisions ou partager votre propre expérience. Bonne chance !